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OTTO STICH a fêté ses 80 ans

Le 10 janvier dernier, l'ancien conseiller fédéral Otto Stich a fêté ses 80 ans dans la sérénité et le calme de sa ville soleuroise de Dornach aux portes de Bâle. Je lui souhaite mes meilleurs voeux de santé et de bonheur.

C'est l'occasion de se rappeler qu'il a siégé au Conseil fédéral de 1983 à 1995 en tant que chef du département fédéral des finances après avoir été membre du Conseil national de 1963 à 1983 . Otto Stich a été un conseiller fédéral socialiste très populaire tant il a su s'adresser avec talent et pédagogie aux citoyennes et citoyens suisses pour leur expliquer les enjeux politiques des objets les plus compliqués. Profond démocrate, il savait que pour mener une politique efficace dans l'intérêt général, il fallait convaincre le peuple de la justesse de ses arguments. Avec patience et détermination, je l'ai vu répondre aux questions des plus humbles lors d'interminables réunions au plus profond de la Suisse comme je l'ai vu tenir tête aux plus grands de ce monde lors de négociations nationales et internationales. Ainsi au Fonds Monétaire International et à la Banque Mondiale, il a fait entendre la voix de la Confédération helvétique pour plus de régulation des marchés financiers internationaux et le respect des engagements en faveur des pays en voie de développement. Grâce à son action tenace, il a gagné la votation populaire pour l'entrée de notre pays aux institutions de Bretton Woods alors que la Suisse boudait l'ONU, marquant un véritable tournant de notre politique étrangère. Il avait compris que l'isolement d'un pays qui dépend si fortement du commerce international pour sa prospérité ne pouvait le perpétuer sans lui porter préjudice. La Suisse moderne s'inscrivait dans le concert des nations et s'ouvrait au monde. En tant que ministre des finances, il s'est d'abord battu pour des finances publiques saines. Sachant qu'un Etat fédéral pauvre ne pouvait être un Etat social. Sa hargne à combattre les déficits l'a fait passer parfois pour le comptable de la nation, alors qu'il a toujours veillé à mener une politique financière à la hauteur des ambitions d'un Etat moderne et social. Ces programmes d'ajustements financiers comprenaient toujours un volet des recettes et des dépenses car son but n'était pas l'affaiblissement de l'Etat fédéral mais le financement optimal des tâches publiques dans l'intérêt de l'ensemble de la population. Il m'a renforcé le sens de l'Etat et du service public. De 1984 à 1990, j'ai eu l'immense chance d'être à ses côtés en tant que collaborateur personnel. Ce fut ma meilleure école de management. Ancien chef du personnel de COOP Suisse, Otto Stich connaissait bien les rouages de l'économie de marché. Il a toujours défendu la participation des socialistes au monde de l'économie afin d'être présent là où les investissements se décident et les emplois se créent. Keynésien dans l'âme, il a travaillé dans l'esprit des économistes qui prônent une intervention de l'Etat pour éviter les chocs conjoncturel, synonyme de chômage et de misère sociale d'une part et réguler le marché dans ses dimensions sociales et écologiques, d'autre part. Son profond attachement à la justice fiscale l'a conduit des les années septante a parrainer le lancement de l'initiative pour une imposition de la richesse qui a rencontré un magnifique résultat d'estime en votation populaire et profondément marqué les futures législations sur l'imposition fédérale directe et l'harmonisation formelle des impôts. L'initiative populaire récente du PSS pour une imposition équitable dont la récolte des signatures bat son plein, s'inscrit dans cette même veine.



Visionnaire, il a présidé à l'introduction de la vignette autoroutière et à la taxe poids lourd. Son engagement en faveur d'une imposition de l'énergie notamment de l'énergie fossile s'est heurté aux conservatismes féroces de la majorité parlementaire soutenue par les lobbies. Ce n'est que partie remise tant la transformation écologique de l'économie devient un postulat évident pour de plus en plus de gens.

Commencé dans la douleur d'une élection contestée au Conseil fédéral, bien vite les socialistes ont compris qu'il avait affaire à un socialiste aux convictions solides. Comme l'a écrit récemment Peter Bodenmann, l'ancien président du PSS, « malgré les critiques que l'on peut émettre et les distances que l'on est en droit de prendre, il faut bien reconnaître qu'Otto Stich fait encore partie de ces rares socialistes qui, tant bien que mal, voient juste et loin et, surtout, qui tiennent la baraque socialiste.

Jean-Noël Rey, conseiller national, 15 janvier 2007

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