Jean-Noël Rey

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Mi-législature fédérale, plus ou moins d'Etat?

La législature 2003-2007 a été inaugurée par l'annonce en fanfare du Conseil fédéral de sa volonté de réduire de 10 % le budget fédéral de 50 milliards par des coupes dans les dépenses et un réexamen systématique de tâches publiques.

L'élection de Christophe Blocher et de Hans-Rudolf Merz au gouvernement fédéral a été présenté comme la caution à cette politique qui devait une fois pour toute, réduire les dettes et assainir les finances fédérale.

Le groupe socialiste de l'Assemblée fédérale sait que sans des finances fédérales saines l'Etat social est en danger ; c'est la raison pour laquelle nous avons proposé une maîtrise des finances fédérales mais dans un contexte de croissance économique. Avec 2 % de croissance économique annuelle, nos assurances sociales sont financées. Le Conseil fédéral attaché à son credo économique néo-libéral, a publié un catalogue de bonnes intentions en matière économique, répétant comme un perroquet les recettes éculées, des experts internationaux. Le résultat était prévisible : la croissance économique du pays est insuffisante.

Peu importe, car en réalité pour les Blocher et Cie, ce n'étaient pas l'assainissement des finances fédérales qui était visée, mais bel et bien le rôle d l'Etat fédéral.

Cette stratégie politique ne cherche pas à sauvegarder l'Etat social, garant des libertés, de l'égalité des chances, de la solidarité et du bien-être, mais plutôt à réduire son rôle, à mettre en cause les assurances sociales et à détruire la cohésion sociale si patiemment construite et qui fait l'admiration de l'étranger.

Le Conseil fédéral s'est donc laissé prendre au piège au moins d'Etat. Pour s'en convaincre, il suffit de citer son inaction dans le domaine des primes des caisses maladie, son incapacité à imposer une réforme sociale de l'AI et sa passivité dans la question de la flexibilisation des rentes.

En réalité, le discours sur les économiques nécessaire et la diminution de la dette, causée en grande partie part ceux-là même qui s'en plaignent, cache, de plus en plus mal, une volonté délibérée de « casser » l'Etat fédéral pour mieux vider l'Etat social de sa substance.

Le Conseil fédéral en porte la responsabilité ! D'ailleurs son bilan de mi-législature est des plus médiocres. Faut-il rappeler l'épisode Swisscom pour s'en convaincre ? Dans ces circonstances et compte tenu de notre système politique qui ne permet pas de sanctionner les conseillers fédéraux en cours de législature, le Parlement fédéral et en particulier les socialistes et leurs alliés Verts soutenus par les progressistes du camp bourgeois, doit prendre les choses en main avant que la dérive politique ne soit trop forte. La population suisse certes, souhaite des finances fédérales en ordre et un endettement supportable, mais en aucun cas un démantèlement social et une gestion purement privée du bien public sans tenir compte de l'intérêt général comme la souhaite l'UDC de Blocher. Les Suisses ne sont pas disposés à tout sacrifier à l'esprit d'entreprise et à dénaturer les fondements sociaux mêmes de notre Etat fédéral. La population veut pour ses impôts de bonnes écoles, des hôpitaux publics efficaces, des infrastructures modernes et la sécurité sociale. Elle l'a dit en rejetant en votation populaire, un paquet fiscal mal ficelé, et une 11ème révision de l'AVS déséquilibrée tout en approuvant l'assurance maternité.

La fixation sur le moins d'Etat n'est pas la réponse appropriée aux défis de la globalisation de l'économie. Vouloir démonter l'Etat fédéral en pensant ôter les entraves étatiques au fonctionnement de l'économie de marché, relève de l'idéologie ! Le climat politique est mal sain. Les réformes sociales s'enlisent dans un combat de tranchées ! J'espère que le groupe socialiste trouvera l'énergie nécessaire pour débloquer la situation, saura formuler des propositions susceptibles de gagner des majorités parlementaires. Il faudra s'y employer en faisant preuve d'esprit constructif. Avec ma collègue Susanne Leutenegger Oberholzer, je vais présenter au PSS un projet de programme économique, respectueux des dimensions sociales et écologiques et qui devrait permettre de retrouver la croissance par le plein emploi et ainsi assurer le financement de nos assurances sociales.

Il faut dénoncer la politique de moins d'Etat, mais aussi proposer des réformes pour sauvegarder notre Etat social.

Jean-Noël Rey, conseiller national, 6 mars 2006

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