ÉCONOMIE · Le nouveau programme économique du Parti socialiste suisse se veut pragmatique et fédérateur. Il dit oui à l'économie de marché. Le document de 200 pages a été présenté hier à la presse. Les explications de Jean-Noël Rey, coprésident du comité de rédaction.
CHRISTIANE IMSAND
«Le Parti socialiste est aussi un parti de l'économie», affirme le président du PS Hans-Jürg Fehr. Cette assertion se concrétise de façon pragmatique dans le nouveau programme économique qui a été présenté hier à la presse. Un document de 200 pages qui sera soumis à la fin juin à l'aval de la base. Ses auteurs s'attendent d'ores et déjà à des grincements de dents dans l'aile gauche du parti. Le conseiller national Jean-Noël Rey, coprésident du comité de rédaction, défend son projet.
Jean-Noël Rey: - Le précédent programme économique établi il y a dix ans par Peter Bodenmann avait déjà une tonalité plus pragmatique car un grand parti comme le PS qui veut unir toutes les forces progressistes de Suisse ne peut pas se contenter d'un programme déclamatoire. Il doit être tourné vers les solutions. L'économie libérale oppose les jeunes aux vieux, les riches aux pauvres, l'Etat à l'économie. Notre but est au contraire de lancer des passerelles.
J'ai beaucoup étudié les pays scandinaves qui combinent politique familiale et politique économique. Cela donne une dynamique extraordinaire. Si l'on parvenait à mieux utiliser les femmes dans l'économie, on aurait un formidable potentiel de croissance.
Oui, c'est le second fil rouge avec l'égalité des droits entre femmes et hommes. Cette démocratisation passe par exemple par la réforme du droit des sociétés anonymes pour donner plus de pouvoir aux actionnaires minoritaires ou par le renforcement du pouvoir des commissions d'entreprise.
Effectivement. C'est bien pourquoi nous ne voulons pas perdre du temps à discuter de l'opportunité de la globalisation. Nous proposons de mettre en place des règles pour la maîtriser. L'économie d'exportation peut être un atout mais il y a aussi des risques de délocalisation et de pression sur les salaires. Il faut donc se battre dans les instances internationales comme l'OMC, le FMI ou le BIT pour la mise en place de standards sociaux et environnementaux au niveau mondial.
Notre engagement repose sur l'analyse des risques écologiques de la globalisation. Si on ne définit pas des standards internationaux au niveau de l'utilisation des ressources, on va épuiser la planète. En Suisse, nous avons une bonne amorce en matière d'économie d'énergie. Il faut valoriser ce potentiel. Les pionniers des nouvelles technologies de l'environnement auront un pas d'avance en matière de croissance. Les Verts sont nos alliés naturels dans cette politique, mais nous pouvons aussi chercher des alliances du côté des partis du centre comme le PDC.
Nous ne voulons pas plus d'impôt mais plus de justice fiscale. Le rapport du contrôle des finances a révélé que 2,5 milliards de francs par an échappaient à l'Etat en raison des arrangements fiscaux.
En tant que partisan de l'adhésion, le PS est aussi pour la TVA européenne à 15%... Il faut envisager cette hausse de la TVA dans une perspective à moyen terme, avec une introduction par étapes. Cela pourrait permettre de financer les assurances sociales. Mais je reconnais que c'est une question sensible. Nous n'échapperons pas à une discussion de fond.
Pas du tout, mais nous sommes en harmonie avec la politique actuelle d'adaptations structurelles suivie par le Conseil fédéral. Aucune économie au monde n'a une agriculture totalement libéralisée. Cela ne nous empêche pas de mettre l'accent sur le bio et les paiements directs.
Jean-Noël Rey, conseiller national
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