Jean-Noël Rey

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La Suisse a mal à ses anciennes régies

La renommée de ses anciennes régies (PTT, CFF) était reconnue loin à la longue ! Elles appartenaient à 100 % à l'Etat et bénéficiaient d'un monopole sur le marché national. Leur stratégie de service public était clairement définie par la Confédération et largement acceptée par la population mais confinée à un marché national protégé par un monopole. A la longue, cette stratégie unilatérale s'est usée ! En effet, les anciennes régies n'ont pu résister aux coups de butoir des nouvelles technologies, à l'ouverture des marchés européens, à la pression de la concurrence. Nos régies étaient solides, mais produisaient trop chers et la protection du monopole les a desservies en matière d'innovation. Comment sauvegarder l'excellence de notre service public tout en répondant aux nouveaux défis ?

Les autorités fédérales ont jamais vraiment répondus à cette question, se contentant de suivre les tendances du moment sans vraiment esquisser une véritable stratégie du futur pour ces nouvelles entreprises publiques : La Poste, Swisscom, les CFF, .... Swisscom en paie aujourd'hui le prix fort. Depuis sa création en 1998, Swisscom a été livrée à sa propre stratégie, la Confédération, actionnaire majoritaire, se limitant à encaisser de juteuses dividendes tout en se cachant derrière les pouvoirs du Conseil d'administration.

Puis subitement en 2005, le Conseil fédéral a changé brutalement sa position attentiste. Il a dicté sa stratégie à Swisscom : proposant sa privatisation arguant de l'incapacité de l'Etat de gérer une entreprise.

La logique économique semble implacable pourtant elle relève de la pure idéologie du moins d'Etat.

Swisscom ne souffre pas de la présence de l'Etat dans son actionnariat, mais de l'errance stratégique de l'Etat fédéral. Swisscom aura besoin d'un Etat entrepreneur, visionnaire et innovateur, capable de conjuguer les impératifs du service public et ceux de l'économie aux développements internationaux rendus indispensables par l'étroitesse d'un marché national ouvert à la concurrence. Swisscom entreprise public nationale, assure et finance le service public et offre à l'économie de conditions cadres efficaces et concurrentielles.

Pourquoi ce qui réussit si bien aux compagnies publiques des télécommunications suédoise et finlandaise qui ont fusionné pour mieux pénétrer les marchés baltes, ne réussirait pas chez nous ? Face aux défis auxquels ont du répondre nos anciens régies, le Conseil fédéral et le Parlement ont toujours choisi le chemin de la facilité sans jamais définir clairement une stratégie.

Evidemment le Conseil fédéral Blocher dont la seule vision est le « moins d'Etat » à tout prix, n'a pas intérêt à laisser prospérer une entreprise publique ; qu'en est-il de ses collègues ? Faut-il sacrifier Swisscom sur l'autel de la privatisation uniquement parce qu'un conseiller fédéral veut réduire le rôle de l'Etat et les autres n'ont pas de stratégie ? La Suisse a mal à ses entreprises publiques.

Jean-Noël Rey - Conseiller national - 23 janvier 2006

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