L'annonce d'une offre publique d'achat hostile d'Alcoa, le géant américain de l'aluminium, sur Alcan a provoqué une véritable onde de choc en Valais. Après la fusion avec Péchiney et la création de Novellis, on pensait qu'Alcan était entré dans une phase de consolidation. Ce d'autant plus que les chiffres-clefs des usines valaisannes sont bons et les perspectives de développement réjouissantes. Et bien non ! Les règles de l'économie ne sont plus ce qu'elles étaient ! Il ne suffit plus d'être performant, d'inscrire des bénéfices, d'avoir des liquidités abondantes comme la maison mère d'Alcan et de créer des emplois.
Le capitalisme financier carnassier nous a rattrapés. Ce qui compte ce sont la rentabilité maximale à court terme, l'intérêt exclusif des actionnaires, l'égoïsme des dirigeants aux salaires faramineux et les valeurs boursières. L'intérêt des travailleuses et des travailleurs et l'enracinement régional de l'entreprise ne valent que beurre ! Le problème c'est que les lieux de décisions s'éloignent toujours plus des lieux de production. Mon père qui autrefois était secrétaire syndical, se plaignait de devoir se rendre à Zürich pour négocier les conditions salariales et sociales d'Alusuisse. Aujourd'hui, il faut se rendre à Montréal et demain peut-être à New York sans être certain d'être entendu. C'est la différence essentielle pour les syndicats.
Depuis que Christophe Blocher et consort ont vendu Alusuisse à l'étranger, le Valais tremble de plus en plus pour ses emplois industriels.
Que faire alors ?
A court terme, les syndicats ne peuvent être que vigilants, s'informer, exiger d'être entendu et se préparer à la résistance.
C'est aussi le moment de se demander que fait l'Etat du Valais pour diversifier le tissu industriel et créer un dynamisme industriel autour du site de l'aluminium. Quels sont les résultats de son groupe de travail mis en place à cet effet avec la direction d'Alcan Valais, suite à mes interventions parlementaires ? Le gouvernement du Québec, siège d'Alcan s'est déjà manifesté en déclarant « Alcan est un symbole de la force et du dynamisme de notre économie, il va de soit que le gouvernement suit ce dossier de très prés ». Qu'attend celui du Valais ?
L'Etat doit enfin développer une véritable stratégie industrielle cantonale autour de l'aluminium. Car il n'est pas possible de vivre que du secteur des services.
Au niveau fédéral, il faut espérer que les autorités se mobiliseront à temps comme l'ancien conseiller fédéral Joseph Deiss l'avait toujours fait.
Et puis au Parlement fédéral, il faudra intervenir pour renforcer la démocratie sociale, la protection des travailleuses et des travailleurs, leur droit de participation aux décisions afin d'obliger les entreprises globalisées à respecter aussi les ouvriers et leurs intérêts.
Jean-Noel REY, conseiller national
11 mai 2007
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