Tel est le thème que l'Union syndicale valaisanne m'a demandé de traiter ce 1er mai. J'étais sur le point de vous livrer un beau et bon discours, bien charpenté, plein de promesses et de raisonnements ambitieux. Et puis est venue l'annonce du limogeage brutal du rédacteur en chef du Nouvelliste Jean Bonnard. Un véritable coup de tonnerre dans le ciel valaisan. Alors je n'ai pu ignorer ce geste digne des catacombes et de l'Inquisition, sans pour autant négliger le thème du travail décent et d'une vie décente. Mais au lieu d'en parler en termes abstraits, je vais vous en parler en termes concrets.
Le Valais des catacombes et de l'obscurantisme est de retour. Je le crains beaucoup après cette mise à l'écart brutale d'un grand professionnel de la presse écrite. Cela constitue le plus grand revers qu'ait connu le Valais démocratique ces dernières années. Cela n'augure rien de bon. ! Car que reproche-t-on à Jean Bonnard ? D'avoir poursuivi l'oeuvre d'ouverture et de modernisation de François Dayer, ancien rédacteur en chef parti à la retraite ? De répondre à la demande de l'écrasante majorité des lectrices et lecteurs valaisans qui souhaitent avoir un journal régional ouvert aux différentes opinions politiques ?! Alors lui reproche-t-on son succès ? Rien de tel ! Jean Bonnard serait un vilain rouge, infiltré dans les média, et qu'il faut par conséquent abattre ! Voilà ce que l'on peut entendre au café du commerce et dans les plus hautes sphères bien pensantes et conservatrices du canton. A croire Laurent Nicolet du Temps (article du 26 avril), la nouvelle équipe du Nouvelliste aurait déjà sa feuille de route : un rapprochement avec l'UDC. On aurait pu croire les conservateurs de ce pays plus ambitieux ! Et la fin du pluralisme politique en faisant tomber d'abord cet automne le conseiller national Jean-Noël REY (en toutes lettres dans le texte) et en 2009, le fauteuil de la gauche au Conseil d'Etat ! C'est le retour de la magouille en politique, de la mise aux pas de celles et de ceux qui ont cru à l'ouverture démocratique, de la chasse aux sorcières et de l'obscurantisme des catacombes !
J'ai cru aux changements politiques en Valais et au respect du pluralisme, base du renouveau économique et social du canton. J'ai probablement sous-estimé les forces obscures et de l'argent encore à l'oeuvre. A moins qu'elles ne manifestent là leurs dernières convulsions ! Pour l'heure, je manifeste mon profond respect et ma solidarité à l'égard d'un professionnel de la plume, Jean Bonnard, victime d'une piètre cabale. En son temps, j'en ai fait aussi l'expérience. Je puis mieux en mesurer l'injustice. Pour ma part, je poursuivrai ma lutte pour le pluralisme en Valais et l'ouverture du canton source de progrès économique et social, avec l'ensemble des forces vives du pays. Dans une démocratie, ce sont les citoyennes et citoyens qui décident et élisent et non les appareils de partis et leurs obscurs serviteurs.
Et pour nous, réuni ici ce soir quelles leçon en tirer ? Tout d'abord qu'un travail décent et une vie décente constituent un droit conquis et non acquis.
Le capitalisme financier qui domine aujourd'hui ne vise que la rentabilité pour mieux servir les gros actionnaires et distribuer des salaires faramineux à leurs serviteurs dévoués. Le plein emploi et des salaires décents pour les travailleuses et travailleurs ne l'intéressent pas. Ce capitalisme là, féroce et dévoyé, se nourrit de précarité et d'injustice ! Seuls des syndicats forts, alliés à un parti socialiste fort, peuvent renverser la vapeur. Pour celles et ceux qui l'ignoraient encore, le monde est fait de rapport de forces. Et aujourd'hui ces rapports de force nous sont défavorables car beaucoup trop de travailleuses et de travailleurs de ce pays ont cru que le salut venait de l'individualisme et ont déserté l'engagement syndical. Les conquêtes sociales du début du 20ème siècle ont été gagnée grâce à une action syndicale déterminée et puissante, grâce à l'organisation de la classe ouvrière. La Suisse du 21ème siècle, veut remettre en cause ces conquêtes, arguant du fait qu'elles freinent voire entravent le développement économique. Quoi de plus faux. Mais si la majorité bourgeoise se permet un tel raisonnement, c'est qu'elle se sent forte. Elle ose proposer des allègements fiscaux pour les très hauts revenus et les grandes fortunes ; elle ose s'attaquer ouvertement à nos assurances sociales. Par exemple, en proposant une 5ème révision de l'assurance invalidité à peine la 4ème sous toit dont le but avoué est de réduire l'accès aux rentes AI et de discipliner les personnes en situation d'handicap psychique. En s'attaquent donc aux plus faibles, à celles et ceux qui souffrent le plus des excès de notre économie au service des plus forts et des possédants. Je vous invite à dire non le 17 juin prochain à cette infamante révision de l'AI. Ce que l'on se permet de faire aux plus faibles ne peut que se retourner contre nous tous. La Suisse est riche, la bourse n'a jamais été aussi haute, des fortunes colossales sont en train de s'accumuler alors que le pouvoir d'achat de la plupart des travailleuses et des travailleurs stagnent et que la classe laborieuse ouvrière et paysanne doit vivre dans des conditions précaires. L'heure est à la mobilisation pour défendre une Suisse sociale, ouverte sur le monde et respectueuse de l'environnement. Mais pour ce faire, et l'histoire nous l'apprend, les salariés de ce pays doivent rejoindre les syndicats en masse, la seule organisation qui défend leurs intérêts, la seule organisation qui a démontré au cours de l'histoire sa capacité à dompter le capitalisme à leur profit. Le syndicalisme renforcé c'est notre réponse au capitalisme débridé.
Jean-Noël REY, conseiller national
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